Entre violence et délicatesse extrêmes, Cut nous fait rencontrer un personnage singulier et quelque peu romantique, pour qui le cinéma est une question de vie ou de mort. Le jour, il hurle dans les rues la nécessité de renouer avec un âge d’or de l’art cinématographique, où le divertissement n’était pas une fin en soi. Le soir, il organise chez lui des projections de films qu’il affectionne. Le récit se noue autour de l’incursion dans sa vie d’un enjeu ô combien dramatique : Shuji se trouve contraint par une bande de yakuzas de s’acquitter d’une dette qui a coûté la vie à son frère. Faute de subir le même sort que lui, il devra en quelques jours réunir une somme astronomique.

La solution qu’il choisit pour sortir de cette situation a priori inextricable est comme une façon de se faire honneur à sa cinéphilie. Plutôt que d’accepter l’argent qu’on propose de lui prêter, Shuji répond à une nécessité interne d’offrir quelque chose en retour : son corps et sa souffrance. Comme pour se démarquer d’un régime cinématographique où l’argent s’accepte sans scrupules et sans un don réciproque de sa personne, Shuji décide de devenir un punching-ball vivant, prêt à recevoir les coups de poings de quiconque sera prêt à en payer le prix.

Des douze journées qui séparent Shuji de l’échéance du remboursement, pendant lesquelles il se soumettra à cette torture volontaire, aucune n’est épargnée au spectateur. Malgré la violence ainsi infligée à ses yeux, Cut sait ménager des moments de douceur qui font de lui autre chose qu’un « film coup de poing », face auquel le spectateur n’aurait d’autre choix que d’encaisser. En dépit de la douloureuse entreprise dans laquelle il s’est engagé et des séquelles qu’elles impriment sur son corps, Shuji poursuit son sacerdoce cinéphilique, et ce de façon non seulement intellectuelle, mais surtout sensuelle. La nuit, il s’endort sous la lumière reflétée par l’écran et la laisse imprimer sur lui les images des films aimés. En pleine possession de ses moyens cinématographiques, l’Iranien Amir Naderi propose avec cette virée japonaise une expérience qui marque moins par son propos vaguement réactionnaire que par la fougue et la sensibilité plastique avec laquelle il communique la détermination d’un personnage au sein d’un monde qui ne le comprend pas.